Ce qui reste

Une série qui continue d’explorer la mémoire et l’empreinte des lieux. Peintures à l’huile réalisées entre 2024 et 2025.

Ce qui reste, par Stéphane Lambion

assis sur une chaise, à une table, près d’un mur, ou à même le sol : on est invité aussitôt. on se glisse dans un réseau brut et travaillé à la fois – un réseau de lignes, vues dans un miroir, à travers un rideau, par une fenêtre, les yeux plissés : une construction aussi précise qu’elle est floue, comme le souvenir d’une sensation qui nous ramène exactement à son origine sans qu’on ait la moindre idée du chemin par lequel on y est arrivé. c’est-à-dire : une topographie sensible : un dessin d’architecte sur lequel on a superposé des feuilles de papier calque froissées qui, parce qu’elles sont là, permettent de mieux comprendre ce qui est en dessous. pas de visages, pas de figures : au mieux des fantômes, et le regard du peintre, mais ce qui compte, toujours c’est l’espace : physique, matériel, concret, qui raconte une histoire par une chaise, un lit, puis un pan de mur, et encore un bout de plancher : des pièces élémentaires, recadrées, agrandies, qui forment un puzzle de touches à recoller pour qu’apparaisse peut-être, mais seulement à la toute fin, la toile d’une existence obtenue par la somme diffuse de ses espaces vécus. ceux ordinaires, ressentis avant que d’être observés : une texture, une hauteur, un angle, une lumière. des espaces qui, parce qu’ils se fondent les uns dans les autres, parce qu’on n’en saisit que de minuscules parcelles, n’en sont que plus nets et plus précis. l’important, dès lors, n’est pas ce que l’on voit, mais ce qui reste après avoir tout vu : la construction, touche par touche, de notre perception de cet espace où l’on a été invité, et que l’on peut – à notre tour – habiter.

Stéphane Lambion est écrivain et artiste. Il vit à Londres.